Les activités à caractère culturel dans les établissements pénitentiaires français (De la Libération aux années 1980)
Auteur(s) : DELALANDE Flora
Édition : École nationale des chartes
Année : 2015
Nb de pages : 513

Compte rendu

La thèse de Flora Delalande à l’Ecole nationale des Chartes, à partir d’un travail d’archives, retrace l’évolution des activités culturelles depuis la Libération, en passant par la crise des années 1970, jusqu’aux années 1980.

Les activités culturelles dans les établissements pénitentiaires français à la Libération sont tantôt qualifiées d’éducatives, de socio-culturelles, de récréatives ou de culturelles. Elles sont menées par les assistantes sociales, puis par les éducateurs, nouveau corps de personnel pénitentiaire créé par la réforme Amor en 1946. Les activités concernent essentiellement les établissements réformés (Exemple de la prison de Loos). L’auteur étudie l’évolution du statut et de la formation de ces corps de métiers

Dans les années 1970, suite à la crise pénitentiaire, les activités culturelles deviennent des outils de réinsertion et de décloisonnement. L’officialisation en 1972 des associations sportives et culturelles au sein des établissements par le personnel pénitentiaire à destination des détenus (l’association à Fresnes depuis 1964 par Jacques Verin ou celle à Ensisheim)  engage les décisions au niveau des établissements eux-mêmes.Toutefois certaines activités culturelles menées par des personnes extérieures restent interdites (risque de prise d’otage, révolte, mutinerie). L’auteur étudie notamment les dynamiques de décloisonnement à partir de l’exemple de l’association GENEPI. Des étudiants de grandes écoles donnent des cours aux détenu(e)s et développent quelques activités socio-culturelles. Toutefois, l’auteur relève que si la philosophie du développement culturel des années 1970 ouvre des possibilités d’actions envers de nouveaux publics, notamment à travers la création des DRAC, le Ministère de la Culture reste en dehors des prisons.

 

La question de la libéralisation de l’information par la réforme de 1975 est intéressante. La disparition des listes limitatives permet aux détenus de se procurer tous les périodiques et les livres de leur choix, n’ayant pas fait l’objet d’interdiction. Parallèlement la parole des détenus s’exprime non seulement avec les questionnaires du GIP mais aussi par les journaux publiés en détention.

C’est dans les années 1980, avec le ministère Lang que se développent réellement les activités culturelles en prison. Le budget alloué à la culture ainsi que la volonté d’élargissement du public augmentent. Ainsi l’auteur retrace la genèse des différentes activités culturelles, les dispositifs favorisant leur développement (DDC et Fic) et les contraintes qui leurs sont inhérentes. Le premier protocole d’accord entre le ministère de la Justice et le ministère de la culture est signé en 1986, un an après le colloque de Reims (que l’auteur étudie en détail). Les activités sont menées par des associations, des artistes, des institutions culturelles en partenariat avec les éducateurs. L’auteur développe plusieurs exemples et notamment celui de la représentation théâtrale franco-américaine The Family, avant de s’intéresser aux implications de l’arrivée d’intervenants extérieurs sur le rôle de l’éducateur et à la réorganisation des services socio-éducatifs et l’architecture carcérale.