Sociologie de la prison
Auteur(s) : Combessie Philippe
Édition : La Découverte
Année : 2001
Nb de pages : 126

Compte rendu

Première partie socio-historique

Le dispositif de l’enfermement apparaît dès l’Antiquité et se trouve dans la quasi-totalité des sociétés humaines. Il s’est imposé en instrument privilégié de régulation et de traitement des troubles sociaux.

Les raisons de l’enfermement ont évoluées :

  • Dans l’Antiquité : Enfermement avant procès, les galériens, les condamnés à mort graciés, les mauvais payeurs pour les inciter à régler leurs dettes, les concurrents ou opposants politiques et idéologiques…
  • Au Moyen Age : enfermement des pauvres, mendiants et indigents (dispositifs « hôpital général », « dépôts de mendicité ») ; malades contagieux (léproseries) ; l’enfermement en quarantaine des voyageurs (« lazarets ») ; les déviants (les aliénées ou prostituées) ; Enfermement des enfants dont les comportements nuisaient à l’image de la famille (ex : mésalliance des filles ; système des lettres de petit cachet)

Les fonctions sont donc diverses :

  • Domaine judiciaire :  instruire le procès et garder les justiciables sous main de justice.
  • Domaine politique : renforcer l’autorité d’un dirigeant.
  • Administration de la cité : mettre à l’écart de la collectivité des individus considérés potentiellement dangereux ou hors normes.
  • Domaine familial : tenir à l’écart les personnes dont les comportements gênent les puissants de la famille.
  •  Contexte des Lumières : la condamnation à mort est limitée à un nombre réduit de crimes. Les autres formes de châtiments sont considérés comme barbares, et sont associés à d’anciens régimes. Toutefois les réformateurs du 18e objectaient deux inconvénients à la prison : les effets de contagion entre prisonniers et la dureté des conditions de vie.

Les logiques sociales de la prison :

  • l’enfermement de neutralisation
  • l’enfermement de différenciation sociale (procurer une formation ou une compétence)
  • l’enfermement d’autorité

Les modes de justification des sanctions :

  • l’expiation
  • la dissuasion
  • la neutralisation
  • la réadaptation

Deuxième partie : caractéristiques sociologiques des personnes détenues

Les variables sociologiques

  • Le sexe : C’est la plus discriminante ; environ 4%  de femmes. Deux types de femmes  incarcérées : infraction à la législation sur les stupéfiants et crimes de sang (violence intrafamiliale). La sous représentation est préjudiciable aux détenues car l’administration pénitentiaire est tenue de maintenir une barrière étanche entre les détenus de sexe différent et de ce fait les équipements collectifs ne sont souvent accessibles que dans des créneaux horaires très réduits.
  • L’âge : La tranche d’âge surreprésentée va de 18 à 40 ans avec un pic extrême pour la tranche d’âge 21-24 ans. Tendance au vieillissement qui s’explique par la volonté de limiter l’entrée des jeunes en prison, et l’augmentation de la répression des infractions à caractère sexuel (hommes plus âgés car possibilité de faire juger ces infractions longtemps après les faits et allongement des durées de détention).
  • Le statut social : Recensement de l’Insee (2002) en prison : 1 détenu sur 2 est ou a été ouvrier (contre 1 / 3 dans l’ensemble de la population).  La probabilité des cadres d’être incarcérés est 6 fois moins forte que celle des artisans et commerçants.
  • Le niveau scolaire : 60% des détenus incarcérés en France n’ont pas un niveau dépassant l’instruction primaire.
  • La pauvreté : En maison d’arrêt 57,7% en dessous du seuil de pauvreté, 60,9% en établissement pour peine.
  • Les liens familiaux : 43% de hommes déclaraient avoir une conjointe (contre 66,2% en général) ; 1,0 d’enfant (contre 1,3 en général)
  • La nationalité: La proportion d’étrangers présents dans les prisons françaises est supérieure à celle des étrangers recensés sur le territoire national.

Quelles politiques pour la prison ?

L’auteur distingue 5 orientations des politiques pénitentiaires :

  • Une prison rédemptrice : La solitude propice à la réflexion sur la faute ; le détenu comme un malade social qu’il s’agit de guérir ; l’instrument est l’individualisation de la peine qui permet en fonction des résultats obtenus de le faire sortir plus tôt, tout en le maintenant sous contrôle judiciaire (libération conditionnelle). Implique une organisation lourde et des moyens financiers importants.
  • La défense sociale : La prison est un mode de protection de la société. Si l’individu est reconnu très dangereux il s’agit de le neutraliser, éventuellement en le maintenant enfermé pour une durée très longue, si au contraire il n’est pas dangereux, l’enfermement peut être interrompu.
  • Le juste dû : Refus de l’individualisation ou mesures d’aménagement de la peine ; à tel acte correspond telle durée : prétend à l’équité et postule que la vertu de lois simples facile la compréhension des limites que met la société.
  • La sévérité maximale : Certains seraient favorables à la réintroduction des supplices corporels.
  • La détention positive : Repose sur l’idée qu’il est possible d’améliorer les personnes qu’on enferme, mais on leur assigne un partenaire principal, référent de leur amendement : le surveillant.

Fin du XXe siècle une nouvelle approche est apparue, le projet d’exécution de peine (PEP). Il s’agit de proposer de proposer des sortes de « plans de carrière » qui permettent aux détenus de collaborer activement à la peine plutôt que de la subir passivement. Avantage d’impliquer les surveillants. Champ d’application limité : nécessité d’une durée de détention suffisamment longue pour envisager un projet échelonné dans le temps (1 an) et suffisamment courte pour envisager l’avenir (5ans) = 1/5 de la population incarcérée.

L’isolement : L’isolement total conduit de nombreux détenus à la folie et se révèle couteux.  Il est pourtant appliqué dans le quartier d’isolement (« le mitard »)pour : Les détenus qu’il faut protéger d’éventuelles agressions des codétenu ; Les détenus susceptibles d’entraîner les autres dans des actions violentes ; Les détenus présentant des troubles du comportement.

En France en 1983, on remplace les incarcérations de courte durée par des mesures alternatives, comme le travail d’intérêt général.

 

LES SCIENCES SOCIALES EN PRISON

Études sur les détenus à partir des années 1930

  • Le premier est l’américain Donald Clemmer dans un établissement entre 1931-34 avec des matériaux divers (questionnaires, entretiens, biographies et récits des détenus  ) : concept de « prisonization »
  • Gresham Sykes étudie le langage des détenus ; concept de « sous culture carcérale » et solidarité entre les détenus.
  • En 1961 Erving Goffman publie « Asiles » dans lequel il élabore des grilles d’interprétation concernant les « institutions totales » (hôpital psychiatrique, prison) : concept d’« adaptation primaire » (modalités par lesquelles les reclus tentent de respecter les consignes et règles) et « adaptation secondaire » (subterfuges qui permettent aux reclus de se créer des espaces de liberté).
  • Mathiesen (30 entretiens) observe la faiblesse de la situation du détenu : processus d’adhésion scrupuleuse et concept de « compacité » du groupe (chacun agit individuellement pour montrer l’injustice).
  • Guy Houchon (2 fois 6 mois d’observation participante) :  l’adhésion aux normes est essentiellement circonscrite au contexte de la recherche de libération anticipée ; dans les autres cas les détenus développent des « adaptations secondaires », signes d’une « contre-culture »

D’où vient la sous-culture carcérale ? Pour certains, elle est liée au fonctionnement de la structure carcérale, le fruit de l’enfermement (thèses structuro-fonctionnalistes). Pour d’autres, elle est importée des cultures de l’extérieur : thèses difusionnistes.

Etudes sur la structure de l’organisation carcérale (personnels pénitentiaires) à partir des années 1960

  • Corinne Rostaing propose une typologie croisée des logiques d’interaction entre détenues et surveillantes.
  • James B. Jacobs (1977) analyse les marches de manœuvre et actions des différents groupes au sein d’un établissement et montre comment l’émergence de nouveaux groupes (exemple des journalistes) favorise la modification des rapports de forces.
  • Israel Barak-Glantz (1981) distingue 4 modèles de répartition du pouvoir en prison : Modèle autoritaire (le directeur a tous les pouvoirs) ; Modèle bureaucratique-légal (pouvoir contrôlé par le service des prisons) ; Modèle partagé (les détenus se voient reconnaître une part du pouvoir) ; Modèle de contrôle par les détenus (pouvoir détenu par des bandes rivales puissantes)
  • Charles Stastny et Gabrielle Tyranauer développement 4 modèles de répartition du pouvoir en prison : La prison des Lumières (le directeur a tous les pouvoirs) ; La prison entrepôt (pouvoir partagé entre la direction et les détenus) ; La prison traitement (pouvoir partagé entre la direction, les détenus et les spécialistes du traitement)) ; Le modèle interactif (pouvoir polycentrique avec l’extérieur).
  • Guy Casadamont (1990).

La prison dans la société

  • Antoinette Chauvenet (1998) montre que la prison est un dispositif guerrier par lequel l’état élimine ses ennemies de l’intérieur. La paix repose sur les échanges informels, notamment entre détenus et surveillants.
  • Anne-Marie Marchetti étudie la vie quotidienne en détention par le prisme de l’argent.