L’action culturelle en prison. Pour une redéfinition du sens de la peine,
Auteur(s) : Siganos Florine
Édition : L'Harmattan
Année : 2008
Nb de pages : 268

Compte rendu

De manière pragmatique et descriptive, l’auteur décrit l’évolution des politiques pénitentiaires de réinsertion depuis la Révolution française et de l’action culturelle en France depuis 1945.

Elle analyse les conditions de l’action culturelle en prison, son organisation, ses acteurs, sa réception, son impact et les liens qu’elle entretient avec l’insertion sociale.

Dans son introduction Florine Siganos étudie les différentes appellations de l’activité culturelle (activité culturelle, socioculturelle, intervention culturelle…) et distingue trois visions de l’activité culturelle en prison :

  •  Une vision inspirée de la culture comme liberté individuelle ;
  • Une vision domestique de la culture comme moyen de réconciliation avec soi ;
  • une vision civique de la culture comme moyen d’intégration au collectif.
 
Chapitre 1 : Les conditions de l’action culturelle en prison
Dans un premier temps, l’auteur rappelle les différents régimes de détention et leurs populations (taux de détention, taux d’accroissement),  puis retrace l’historique des politiques de réinsertion Elle souligne « L’inflation carcérale observée ces dernières années ne dépend pas de l’évolution de la délinquance, qui n’a pas variée dans les mêmes proportions, mais des politiques pénales mises en œuvre. Elle est le résultat d’un  ensemble de choix politiques  inscrits dans un contexte électoral fermement marqué par le souci sécuritaire, depuis la fin de l’année 2001. »
Dans un deuxième temps, elle fait un bref historique de l’action culturelle en France, présente les différents acteurs de l’intervention  en prison (DDAI, DLL, FILL, DRAC, DISP…)et leurs critères de qualités vis-à-vis de ces interventions.
 
Chapitre 2 :  l’organisation de l’action culturelle en prison
Les obstacles sont variables selon le type d’établissement (maison d’arrêt/établissements pour peine), son implantation géographique (rurale/urbaine), sa taille (nombre de personnel, budget), etc.
Les  deux freins majeurs sont le manque de formation et de sensibilisation des  acteurs locaux  à la culture et la pratique de l’évaluation.
L’auteur présente ensuite les profils, le rôle et la perception de la culture des conseillers d’insertion et de probation. Elle note « les évolutions de la profession amènent de plus en plus les CIP à devenir des ‘gestionnaires’ plutôt que des acteurs culturels et sociaux (….) les CIP ne sont pas formés aux enjeux de l’action culturelle, de manière générale, et encore moins aux enjeux de l’action culturelle en prison. »
Les obstacles à la participation des personnes détenues sont les  circuits d’information, l’habitus  et le faible capital social, le planning des différentes activités et des obstacles subjectifs.
 
Chapitre 3 : Les intervenants culturels : de l’animateur à l’artiste militant
 Le débat sur l’utilisation de l’art à des fins sociétales révèle des stratégies de professionnalisation contre l’amateurisme et le militantisme culturel et un refoulé historique (Patrick Champagne). En même temps comme le souligne l’auteur « ce retour à la figure de l’artiste engagé offre aussi la possibilité de s’appuyer  sur une tradition culturelle critique, littéraire et artistique, qui permet de valoriser, dans une perspective romantique, mais avec le soutien de certains sociologues, le rôle irremplaçable de l’artiste dans le décryptage et  l’expression  du monde social et de ses transformations, son rôle de catalyseur et de révélateur des problèmes de notre société. » (p. 104) Plus loin elle écrit « Il reste difficile d’entrevoir dans les actions que j’ai été amenée ) observer  cette capacité de concilier souci d’insertion et exigence artistique. Rares sont ceux qui réussissent à défendre une haute idée de ces deux termes ». (p.105)
Si comme le souligne l’auteur la généralisation des interventions des artistes en détention posait le problème du bénévolat, aujourd’hui la grande majorité des activités culturelles en détention étant financées  par  la DRAC, se pose une autre question : les artistes non agrémentés par la DRAC ne sont-ils pas des artistes ? Le développement des services de médiation au sein des institutions culturelles, conventionnant avec la DRAC et les établissements pénitentiaires remettent-elles en question la notion d’intervention culturelle ?
 
L’auteur relève ensuite les points communs entre les intervenants : 
  • Ils font partie pour l’essentiel de  la classe moyenne ou moyenne supérieure.
  • Ils sont solidaires avec les détenus et donc pas favorables à la répression. 
 Leurs motivations sont multiples : elles peuvent émaner de la volonté de contribuer à une politique culturelle et/ou sociale, de lutter contre les inégalités ou d’une recherche de réalisation personnelle.
Les difficultés rencontrées sont de plusieurs ordres : la variation des règles d’un établissement à un autre ou d’un jour à l’autre dans le  même établissement, la confrontation avec la souffrance des détenus, avec un milieu hostile, la gestion des rapports hiérarchisés entre les détenus selon des critères de virilité et la nature du délit, la dépendance vis-à-vis des gardiens, la censure, le manque de reconnaissance
 
A propos de la rencontre avec les détenus, elle écrit « La rencontre n’est pas seulement unique pour les personnes détenues, elle l’est aussi pour les intervenants. Le plaisir du ‘vol social’ que représente la  possibilité pour le malfrat de discuter avec un intello correspond à celui, symétrique, d’une ‘descente aux enfers’ de l’intellectuel  soucieux d’éprouver son sens de l’humanité » (p. 119)
 
Chapitre 4 : La réception et l’impact de l’intervention culturelle
Chapitre 5 : Prison, culture et insertion sociale