Processus de création culturelle en prison : une innovation ordinaire ?
Auteur(s) : Rostaing Corinne, Touraut Caroline
Édition : Socio-logos, n°7
Année : 2012

Compte rendu

L’article part du constat que malgré l’augmentation du nombre d’activités culturelles en détention, les représentations de la culture en prison ne semblent pas se modifier.

Les auteurs présentent un projet d’exposition mené par le musée du Louvre en  2010. Il s’agissait de réaliser une exposition dans la cour de promenade de reproductions d’œuvres du musée et de créations réalisées par les détenus. Ce projet fut ensuite valorisé  à l’extérieur par un film et des photos dans le musée.

 

Les auteurs relèvent deux conditions favorisant l’émergence du projet : « il a été initié par une institution disposant de larges moyens humains et financiers et réalisé au sein d’un établissement pénitentiaire atypique. »

Le projet a fait appel à un scénographe et un écrivain afin de concevoir l’exposition et son catalogue avec les détenus. L’inauguration fut médiatisée  permettant de communiquer sur l’action.

Les auteurs signalent que le projet a suscité peu de candidature et que le profil des participants n’était pas représentatif de la population carcérale : « Ces participants se distinguent de la population carcérale étant déjà familiarisés à l’art classique, ayant un niveau social favorisé et occupant une position privilégiée dans la détention. »

Elles soulignent également une tension entre une vision artistique de la part de l’écrivain et le postulat pédagogique voulu par le musée, ce qui a entraîné une variation dans les consignes. Par conséquent l’appropriation du projet par les détenus a donc été long et a suscité quelques résistances.

« Les revendications des détenus quant au format et à la mise en page de leur création dans le catalogue ont été de plus en plus nombreuses, chacune d’elles constituant une preuve de leur forte implication dans l’action et de leur prise de conscience de ses enjeux. Comme ils se connaissaient par ailleurs, ils ont su former une équipe, souvent solidaire face aux entraîneurs ou aux concepteurs. « 

Les effets observés lors de l’action :

  • Une entraide entre les participants et un véritable travail d’équipe sans aucun rapport hiérarchique.
  •  Des échanges intra-institutionnels et inter-institutionnels.
  • Une reconnaissance des détenus : reconnaissance par soi-même (capacité de négociation) ; reconnaissance par l’institution culturelle (rencontre avec le directeur du musée et changement de perception des intervenants) et reconnaissance par le personnel  pénitentiaire.