Concevoir et réaliser une évaluation

Formation Evaluation de projet

Retour  d’expérience

 

La formation destinée aux coordinatrices des activités dans les prisons des Hauts-de-France a eu lieu les 6 et 7 mars 2019.

La formation avait pour objectif d’optimiser l’évaluation des activités menées en milieu pénitentiaire. Pour se faire, le programme a été élaboré en fonction des problématiques des coordinatrices culturelles  :

  • Phase de structuration d’une évaluation
  • Les différents outils de collecte
  • Les méthodes de traitement des données
  • Étude de cas

Compte tenu des enjeux et des difficultés de mise en œuvre d’une évaluation en milieu carcéral, des débats ont été organisés afin de questionner les objectifs et les outils. L’une des discussions a notamment concerné la méthode de l’observation :  Comment observer sans influencer le comportement des détenus ? Et surtout comment observer sans créer de tension ?

En effet, la tendance à la « désirabilité sociale » est particulièrement sensible en milieu pénitentiaire. Cela consiste à choisir de manière consciente ou inconsciente les descripteurs sociaux les plus favorables, autrement dit de se montrer sous son meilleur jour à son interlocuteur. Ce désir de produire une bonne impression sur l’intervenant extérieur de la prison par un contrôle social de l’image de soi peut introduire un biais dommageable dans les résultats d’une enquête. Or, dans un contexte pénitentiaire, cette tendance peut être renforcée par la présence d’un observateur de l’administration pénitentiaire. Le détenu peut adopter le « bon comportement » qui lui permettra de faire valoir sa bonne attitude lors d’une demande de remise de peine, d’une autorisation de sortie ou une prochaine inscription à une activité.

De plus, l’observation de terrain exige une capacité d’attention importante et une compétence à sélectionner ce qui doit être observé, ce qui peut être facilité par le recours à une grille d’observation. Cette grille d’observation identifie les phénomènes à observer à partir du diagnostic du projet et permet de standardiser les regards afin de faciliter par la suite une étude comparative. Toutefois l’observation à l’aide d’une grille comporte quelques pièges, comme une attention trop sélective au détriment de l’inattendu ou une saturation des données. Les coordinatrices d’activité relèvent surtout qu’elle peut occasionner une certaine hostilité de la part des observés. En effet, la méfiance des détenus envers le personnel de l’administration pénitentiaire est importante. Le sentiment d’être encore observé et jugé peut engendrer un rejet de l’enquête.

Il nous a semblé que seule la variable temps, à travers des échanges répétés, peut donner les bases à un climat de confiance. L’observation participante apparaît également comme un outil favorable en termes de production de données et d’établissement de la confiance. Elle implique de la part de l’observateur une immersion dans l’activité, pour tenter d’en saisir toutes les subtilités et de pouvoir comprendre certains mécanismes difficilement décryptables. En participant à l’activité avec les détenus, l’observateur un accès privilégié à des informations inaccessibles au moyen d’autres méthodes d’enquête et surtout confère de l’authenticité à la relation entre observateurs et observés…