Derrière les barreaux
Auteur(s) : Godard Philippe
Édition : Syros
Année : 2006
Nb de pages : 123

Compte rendu

L’ouvrage est constitué essentiellement des témoignages de détenus.

Extrait de « Dialogue avec la mort » Arthur Koestler, journaliste emprisonné par les franquistes en 1938.

« Clac, clac, clac. Deux barres tirées et double tour de serrure. C’est un son exceptionnel. Une porte de cellule n’a pas de poignée, ni au-dehors ni au-dedans ; on ne peut la fermer qu’à la volée. Elle est faite d’acier et de béton massif, de quelques dix centimètres d’épaisseur ; chaque fois qu’elle retombe, il se produit un fracas assourdissant comme si l’on tirait un coup de feu. Mais cette détonation s’éteint sans écho. Les bruits de la prison sont ternes et sans résonance. »

Jean-Claude, 40e d’années, cambriolage, récidiviste

« Alors quinze jours de mitard, c’est quinze jours dans la vie que vous ne pouvez pas oublier. Parce que, déjà, on vous démunit de tout. On vous enlève votre identité, tout. Vous être plus rien. Alors, toute la journée, pas de matelas, pas de couverture. Il n’y a pas de drap au mitard. On vous donne vos habits civils pour allez faire une promenade d’une heure…Pendant quinze jours, ils m’ont rabaissé. Je ne pensais pas qu’un homme pouvait faire ça à un autre homme. Je suis sorti de ces quinze jours rabaissé…Ca casse, ça fait très mal… »

Nicolas, 20e d’années

« La prison, c’était un passage dans ma vie. Mais c’est pas le truc le plus horrible que j’aie vécu. Entre la cité et la prison…je sais pas…dans la cité, y a rien non plus, quoi…y’a que du béton… »

Philippe B, 40e d’année, innocenté

« J’ai cherché à faire plusieurs choses. J’ai fait de la poésie, d’abord, avec une actrice ; j’ai participé à un match de football avec une équipe de deuxième division qui est venue jouer en prison avec nous. Avant, je lisais, mais des romans faciles, et là, j’ai découvert les poèmes. J’écris des poèmes maintenant. Je passe des heures entières parfois…En prison, je me remplissais la tête de lectures, de poésies, plus le travail. Pour moi, la prison est une expérience, je dis que c’est une ville dans la ville. »

Homme 57 ans 

« De nouveau, je n’étais plus qu’un enfant qui n’a que le droit d’écouter et ne doit en aucun cas émettre un avis digne d’intérêt ou prendre la moindre initiative. C’est de cela en premier que vous prive la prison, selon mon expérience. Le droit de penser par soi-même et de mettre cette pensée en application. De se projeter, de réaliser ses rêves. La prison n’est pas une punition, elle est une humiliation permanente, une infantilisation de l’individu, sa négation même. La privation de toute intimité. Vous finissez par croire que même vos pensées sont surveillées, écoutées. »