Blog

Art, Culture & Économie Sociale et Solidaire

« L’art c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme »

André Malraux

      Les sociétés commerciales et l’Économie Sociale et Solidaire

            Le 31 juillet 2014 était promulguée la première loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).  Naissant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale puis structurée dans les années 70 et 80, l’Économie Sociale et Solidaire reste encore méconnue du grand public. Historiquement réservée à certaines formes d’organisations (associations, fondations, coopératives et mutuelles) elle rassemble des structures qui se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux, alliant intérêt collectif et activité économique. La loi du 31 juillet, très attendue par les acteurs œuvrant déjà dans le champ de l’ESS, reconnaissait sa viabilité économique et permettait de structurer et d’ouvrir le réseau d’acteurs. En effet, l’article 1er de cette loi ouvrait le champ de l’ESS aux sociétés commerciales.

En 2017, l’Observatoire national de l’ESS et le CNCRESS ont publié les premiers chiffres : 236 entreprises commerciales ont intégré l’ESS en 2017. Leurs secteurs d’activité révèlent une distinction étonnante avec le monde associatif. En effet, les associations privilégient majoritairement le monde culturel, tandis que les entreprises commerciales œuvrent principalement dans les domaines du soutien aux entreprises, dans les industries et la construction et dans le commerce. Face à ce constat, nous pouvons nous interroger. Est-il possible de concilier projet artistique, utilité sociale et logique entrepreneuriale ?  

Selon certains experts comme Bernard Latarjet, Bruno Colin et Arthur Gautier les entreprises culturelles sont entrées dans une période de transition profonde qui se manifeste par un nouveau rapport avec les publics et les populations, par un fort ancrage territorial des projets et par une approche transversale de l’art et de la culture (développement économique, social, urbanistique, etc.). Afin de s’adapter aux changements sociaux et économiques, les entreprises culturelles doivent inventer de nouveaux modèles d’organisation et de coopération. Dans ce contexte, l’Économie Sociale et Solidaire apparaît comme un outil opérant.

 

Les trois valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire appliquée à l’entreprise culturelle

           L’entreprise culturelle et l’ESS partagent des valeurs communes, telles que la construction et l’émancipation des personnes, ainsi que la cohésion sociale. Cet enjeu sociétal de la culture répond à la finalité sociale de l’ESS.  En effet l’ESS a pour objectif de répondre à des besoins sociaux et environnementaux : soutien aux personnes fragilisées, lutte contre les exclusions et les inégalités, contribution à l’éducation, développement durable, etc. Des objectifs largement partagés par le monde culturel, comme le souligne Bernard Latarjet :

La culture, à travers la prise en compte des droits culturels, à travers ses objectifs de cohésion sociale et d’aménagement des territoires de la ville et des campagnes, croise de plus en plus les enjeux d’une économie plus soucieuse de la dignité et de l’émancipation des personnes, désireuse de replacer l’humain au centre de ses finalités, de produire des projets mieux co-construits. Elle devient donc un terrain de développement et d’enrichissement privilégié pour l’ESS.

Ainsi l’identification à l’ESS peut aider les entrepreneurs à formaliser leur projet social et à avoir une meilleure reconnaissance pour répondre notamment à certains appels à projet.

              La deuxième valeur fondamentale de l’ESS est la gouvernance démocratique. La gestion de la structure doit être collective et participative. Pour ce faire, la majorité des sociétés commerciales de l’ESS utilisent le statut de SAS (SASU) qui favorise les pactes d’actionnaires dans le cadre de la création de filiales. Mais il existe quelques SARL, des Sociétés par actions simplifiées unipersonnelles et des EURL. L’intégration de ces dernières à l’ESS interroge le concept de gouvernance démocratique. Afin de garantir une gestion démocratique, les entrepreneurs solitaires doivent s’entourer d’un comité stratégique consultatif incluant salariés et partenaires. Cette condition incite l’entrepreneur à renouveler son approche du management et du partenariat.

         Enfin la troisième valeur concerne des principes de gestion. La majeure partie des bénéfices doit majoritairement être consacrée à l’objectif de maintien ou du développement du projet de l’entreprise et les réserves obligatoires constituées sont impartageables. De plus, la gestion est guidée par des principes de solidarité et de responsabilité dans une démarche de développement durable (emploi de qualité et durable). L’identification à l’ESS est donc un moyen de différenciation de la concurrence et une volonté de montrer qu’il est possible d’entreprendre autrement. En effet, l’hybridation entre solidarité et économie permet un renforcement de l’autonomisation du projet social par une indépendance vis-à-vis des financements publics et l’implication des partenaires et des investisseurs solidaires. Elle crée un terrain propice pour penser l’émergence de l’action collective et pour faire de l’entreprise un laboratoire d’expérimentation.

              Entreprise de l’économie sociale et solidaire, Culturevia s’inscrit dans une dynamique durable de concertation et de co-construction des projets culturels. Sa stratégie est de travailler systématiquement en mode projet collaboratif et de privilégier les projets avec les publics en difficulté (handicap physique et mental, précarité, isolement, enfermement, etc.). L’ancrage sur le territoire et les pratiques inclusives et participatives sont des composantes essentielles de la démarche de Culturevia.

Culturevia vous donne rendez-vous en 2022 pour un premier bilan « L’entreprise culturelle et l’ESS, utopie ou réalité ? « .

 
 

Bibliographie

  • Culture & Economie Sociale et Solidaire, Dossier l’affût, Oct. Nov. Déc. 2014. En ligne
  • COLIN Bruno, ARTHUR Gautier, Pour une autre économie de l’art et de la culture. ERES, 2008.
  • DENIAU Marie, « Étude exploratoire sur les nouvelles pratiques de mutualisation ou de coopération inter organisationnelles dans le secteur culturelle », Ministère de la culture et de la communication (DEPS) 2014.En ligne
  • DE LARMINAT Luc, RIVERA-­BAILACQ Lucile, SOURISSEAU Réjane, « Art, culture et économie solidaire » OPALE, 2016. En ligne
  • LATARJET Bernard, Rapprocher la culture et l’économie sociale et solidaire, Juin – Décembre 2017. En ligne
  • Observatoire national de l’ESS, Les sociétés commerciales de l’économie sociale et solidaire : premiers éléments d’analyse, CNCRESS, 2017.En ligne
  • RICHEZ-BATTESTI Nadine, OSWALD Philippe, « Vers un modèle hybride d’organisation et de gouvernance : une alternative à la banalisation en situation concurrentielle ? Une analyse à partir d’un groupe de tourisme social, RECMA », Revue internationale de l’économie sociale, n°315, 2018.

2 réflexions au sujet de « Art, Culture & Économie Sociale et Solidaire »

  1. Bonjour, et MERCIIIII পর ce message d’espoir, j’essayais de faire comprendre ce leitmotiv : « ensemble et à l’échelle humaine, sans argent, avec l’entr’aide, on va loin, dans le respect de toute chose et de tout être vivant. »
    Pouvez-vous donc m’aider à trouver du travail pour environ 6 personnes ? Des cas particuliers, avec des parcours parfois alambiqués.
    Céline Camus Présidente de la Conférence St Vincent de Paul de Valenciennes (325 avenue Dampierre).
    Mille merciiis pour tout ce que vous entreprener et bon courage à vous !

    1. Bonjour,
      Je vous remercie pour votre message. Je suis certaine que nous pouvons faire de l’économie autrement et penser l’entreprise de manière solidaire. Culturevia peut vous aider à créer des projets culturels pour les personnes démunies mais ne peut pas encore se permettre des recrutements. Toutefois, lorsque cela évoluera, nous recruterons prioritairement des personnes en difficulté. Bravo pour votre engagement et bon courage à vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *